flag

REPUBLIQUE DU CONGO

Mai-juin 2008

(ENGLISH VERSION)

Accompagnée de deux étudiants en thèse Congolais, j’ai passé la saison des pluies 2006 dans la forêt marécageuse du nord du Congo, près du village d’Impongui, pour y mener une étude sur les batraciens et les reptiles.

Durant le mois que nous avons passé sur le terrain, des asticots (« vers de Cayor ») se sont insinués sous notre peau, j’ai été mordue par un cobra forestier, mais ensemble, nous avons quand même pu terminer l'étude - commencée en 2005 - de l’herpétofaune de la Likouala  (voir la page des publications).

Beaucoup d'évènements sont survenus durant l’année qui a suivi. J’ai obtenu une poste de professeur assistant en biologie au Whitman College. J’ai aussi publié un livre relatant mes travaux au Congo, y compris la mission de 2006 à Impongui (voir page d’accueil pour plus de détails sur ce livre).

Mon nouveau poste m’oblige à enseigner pendant la saison des pluies du Congo ; mai et juin représentent donc ma seule période libre de l'année pour repartir dans la forêt. Depuis la publication de mon livre je me sentais moralement obligée de revenir auprès des habitants d’Impongui pour leur en présenter une copie. Il y’avait, en tous cas, beaucoup de travail à faire, et comme toujours, ma liste d’objectifs pour cette mission avait augmenté depuis mon retour.

Ange-Ghislain ZASSI-BOULOU, qui m’avait accompagné en 2006 comme étudiant, m’a accompagné de nouveau, mais cette fois-ci en tant que directeur de la logistique et pour m'aider à former notre nouvel étudiant, Sylvestre BOUDZOUMOU.

Nous nous sommes plus particulièrement intéressés, par exemple, à découvrir les différences existant, au sein de l’herpétofaune, entre la saison sèche (cette mission) et la saison des pluies (2006).

packing at Whitman unpacking in forest

Les étudiants de Whitman College ont emballé, de façon experte, mon équipement pour l’expédition avant mon départ pour le Congo.

Ange et Sylvestre, mes étudiants Congolais, ont déballé ces mêmes caisses une semaine après, dans notre campement en forêt.

Par rapport à mes souvenirs de la saison des pluies 2006, Impongui était devenu presque méconnaissable en saison sèche. Les endroits qui se trouvaient dans la zone inondée par la rivière étaient maintenant sur la terre ferme. Je commençais à être inquiète devant ce spectacle. Car le projet le plus important de cette mission était de vérifier si les batraciens étaient ou non infectés par la maladie à Batrachochytium dendobatidis (raccourci : « chytrid »), une mycose de la peau impliquée dans le déclin mondial des populations d’amphibiens. Bien que cette maladie ait son origine en Afrique, il n’existe que très peu d’études du chytrid sur ce continent, et bien sûr aucune au Congo.

Je me doutais que les batraciens allaient être très actifs durant la saison sèche. Donc pas faciles à trouver ! On avait apporté un tas de tampons stériles à grand prix. Mais… et si on ne trouvait aucun batracien ?

wet season in Impongui
dry season in Impongui

La rivière Likouala aux Herbes, débordant de son lit, pendant la saison des pluies, novembre 2006.

Le même endroit en saison sèche, juin 2008.

Quelques jours d’inquiétude au départ : aucune capture ! Et puis les grenouilles sont enfin apparues. En un mois nous avons pu tester 192 individus, représentant 12 espèces.
Notre étude ne portait pas que sur le chytrid des batraciens. Lors ma mission de 2005, l’espèce de grenouille la plus rare que j’ai jamais découverte durant toute ma carrière était Hymenochirus curtipes [deux individus !]. Mais un après-midi de juin 2008 nous avons découvert, en forêt, une flaque boueuse qui grouillait d'H. curtipes. Nous avons pratiqué les tests du chytrid sur une soixantaine d'entre elles, n'arrêtant que par souci d'économiser nos tampons pour la suite de la mission

swabbing frog Sylvestre in lab

Test sur une grenouille (Hoplobatrachus occipitalis) pour la recherche du chytrid.

Sylvestre a vite appris les techniques nécessaires pour préserver nos spécimens dans notre laboratoire improvisé.

catching frogs pipid frogs

Moi, attrapant en même temps les grenouilles et …. le paludisme.

Hymenochirus curtipes (à gauche) et Xenopus fraseri (à droite) capturées dans la même flaque.

mud puddle Ange with bag

Cette petite flaque boueuse en forêt grouillait de Hymenochirus curtipes la plus rare des espèces que je n'ai jamais capturées.

Ange tenant un sachet en plastique contenant une vingtaine de Hymenochirus curtipes.

Bien que les grenouilles soient très agréables (dans leur genre) et passionnantes à étudier pour plusieurs raisons, ce sont les serpents qui me passionnent. On pouvait penser que les conditions de saison sèche seraient idéales pour en trouver beaucoup. Mais, alors que les batraciens ont dépassé nos espérances, les serpents nous ont déçus. En dépit de nos efforts, nous n'avons ajouté que trois espèces à notre liste de 2005 et de 2006. Parmi ces espèces deux ont été obtenues de façon inattendue, et – comme il est expliqué plus bas - se sont distinguées pour être le "meilleur serpent" et le "pire serpent" de la mission.

2008 brick pile making traps

Destruction d'un tas de briques dans le village d’Impongui. On trouve souvent de nombreux reptiles sous les tas de briques, mais celui-ci nous a déçu.

Sylvestre en train de couper en morceaux une nappe en plastique afin de construire une ligne de pièges-fosses.

Lamprophis juvenile
checking trap

Un jeune Lamprophis fuliginosus, espèce commune, fut notre seule récompense pour avoir déplacé toutes ces briques.

Les pièges-fosses peuvent êtres utiles pour capturer de petits lézards et des crapauds, mais les serpents arrivent facilement à en sortir… d’habitude.

Polemon Dendroaspis

MEILLEUR SERPENT de l’expédition. Cet individu d'une espèce rarement rencontrée - Polemon bocourti - était tellement petit qu’il s’est fait capturer dans un piège-fosse.

PIRE SERPENT de l’expédition. Mon premier mamba (Dendroaspis jamesoni) m'a été offert par un villageois qui, afin de s'assurer que le serpent n’était vraiment plus dangereux, lui a écrasé la tête, morcelé le corps à la machette, puis l'a laissé pourrir pendant deux jours avant de me l’apporter.

RESULTATS DE LA MISSION

Nous n'avons trouvé que peu de différences entre les listes d’espèces d’Impongui capturées en saison des pluies et en saison sèche. Voici notre liste complète pour notre étude de juin de 2008 : Amphibiens: Amietophrynus regularis, A. camerunensis, A. gracilipes, Ptychadena perreti, Hyperolius nasutus, Cryptothylax greshoffii, Hoplobatrachus occipitalis, Arthroleptis sylvatica, Phrynobatrachus sp., Leptopelis brevirostris, Silurana epitropicalis, Xenopus fraseri, Hymenochirus curtipes; Lézards: Hemidactylus pseudomuriceus, H. mabouia, Mochlus fernandi, Trachylepis maculilabris, T. affinis; Serpents: Natriciteres olivacea, Dendroaspis jamesoni, Grayia smithii, G. ornata, Naja melanoleuca, N. annulata, Psammophis phillipsii, philothamnus dorsalis, Mehelya poensis, Lamprophis fuliginosus, Polemon bocourti, Calabaria reinhardtii, Python sebae.

Tous les prélèvements sur la peau des batraciens ont été expédiés à un laboratoire du Wisconsin qui en a fait l’analyse. Après plusieurs mois d’attente nous avons reçu les résultats : sur les 192 individus testés, 33 étaient positifs au chytrid.

Mais ce résultat nous laisse avec plus de questions que de réponses. On ne voit aucune tendance taxonomique parmi les infectés et les non-infectés. Aucune espèce ne paraît être plus vulnérable à cette maladie qu'une autre. Que signifient ces 33 positifs ? Le chytrid est-il nuisible pour les grenouilles d’Impongui ? Un des plus grands mystères du chytrid est que certaines populations sont ravagées par cette maladie tandis que d’autres paraissent en bonne santé même si elles sont infectées.

 

PROJETS POUR LE FUTUR

Sylvestre BOUDZOUMOU (sylvestrebooz[a]yahoo.fr) a gagné une bourse de l’université Laval, au Québec. Il commencera ses études là-bas au mois de janvier 2010. Imaginez-le arriver dans la ville de Québec, en plein hiver, après une vie passée uniquement au Congo !

Ange-Ghislain ZASSI-BOULOU (zabouangh[a]yahoo.fr) a monté tout seul un laboratoire d’herpétologie au GERDIB. Assisté par Sylvestre, il réalise des études herpétologiques dans le sud du pays pendant mon absence. Tout ce qu’il leur faut de ma part sont des tampons stériles pour le test du chytrid et des petites fioles stériles pour l’échantillonnage des tissus, desquels je peux extraire l’ADN. En plus, Ange continue a former d’autres étudiants en herpétologie, y inclus (l’an passé) un jeune canadien.

Au-delà des simples inventaires faunistiques, certaines découvertes commencent à émerger de nos travaux. Vérifiez la page de publications de temps en temps et vous les verrez apparaître.

REMERCIEMENTS
Les organismes suivants ont participé au soutien financier et logistique :
AU REVOIR IMPONGUI --OTIKALA MALAMU!
leaving

Page d'accueil